Presse (Le Parisien-20.11.2017) . Ne déréglez pas votre Horloge Biologique

Les médecins savent de plus en plus de choses sur ce mécanisme interne qui rythme notre vie. Apprenez à le ménager.

La science s’y intéresse désormais de très près. Notre horloge interne, objet de nombreux travaux, a encore fait les gros titres le mois dernier : le prix Nobel de médecine a été attribué à trois chercheurs américains qui ont démontré qu’elle était influencée par nos gènes. Par ricochet, les couche-tôt ou les couche-tard ont appris que leurs habitudes ne sont pas liées seulement à leur mode de vie, mais qu’elles ont aussi un caractère héréditaire. Alors que se tient le Congrès du sommeil, de jeudi à samedi à Marseille (Bouches-du-Rhône), voilà ce qu’il faut savoir sur le maître de nos rythmes.

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Pourquoi est-elle importante ?

Il s’agit d’un mécanisme niché au cœur de notre cerveau, dans l’hypothalamus. « Ce sont des neurones qui, en quelque sorte, battent la mesure. Ils commandent à tout l’organisme de distinguer l’activité et le repos, l’éveil et le sommeil. C’est d’une importance primordiale. Sinon, tout est perturbé », précise la docteur Joëlle Adrien, neurobiologiste, directrice de recherche à l’Inserm et présidente de l’Institut national du sommeil et de la vigilance.

Pourquoi peut-elle se détraquer ?

Pour bien fonctionner, notre horloge interne a besoin d’avoir un temps de repos suffisant — si possible sept heures par nuit — et d’être régénérée par la lumière naturelle du jour. Mais le raccourcissement des journées en automne, l’exposition fréquente à la lumière artificielle au bureau et à la maison et le temps passé devant les écrans ont tendance à la dérégler. Pour d’autres, l’horloge est quasiment cassée ! « C’est le cas pour certains personnels navigants. A force d’être soumis incessamment au jet-lag, c’est fichu. Même chose pour les gens qui travaillent en trois-huit, avec des horaires décalés. Ils dorment souvent mal et ont régulièrement plus de soucis de santé que la moyenne », ajoute-t-elle.

Quelles conséquences pour la santé ?

Un dérèglement important de l’horloge biologique peut avoir de sérieuses répercussions. « Cela joue sur la pression artérielle, le rythme cardiaque, les reins, le foie. La plupart des organes fonctionnent sur une rythmicité réglée par l’horloge biologique. C’est comme des musiciens dans un orchestre dont le chef est l’horloge interne. Cela peut donner une symphonie… ou une cacophonie », ajoute Joëlle Adrien. A force de manquer de sommeil ou de vivre en rythme trop décalé, on est soumis plus souvent que d’autres « à des maux intestinaux et à de la somnolence, voire à des risques d’accidents ».

Comment en tirer partie ?

Les chercheurs essaient maintenant de tirer bénéfice de l’horloge biologique pour la santé des gens. « On sait que certains médicaments sont plus efficaces s’ils sont administrés à telle heure plutôt qu’à une autre », précise la spécialiste. La science qui s’occupe de ce domaine est la chronopharmacologie. Par exemple, dans la prise en charge des cancers, certains traitements sont donnés aux patients sous perfusion à 4 heures du matin car ils sont moins toxiques pour l’organisme que s’ils sont donnés à 16 heures. La semaine dernière, une équipe de l’université de Cambridge a montré que l’on cicatrisait mieux le jour que la nuit… en raison de l’horloge interne. Et des équipes chirurgicales réfléchissent à programmer davantage d’opérations l’après-midi plutôt qu’à l’aube.

* Congrès du sommeil, du 23 au 25 novembre, à Marseille (Bouches-du-Rhône).

 

Comment faire pour rester en forme

Les médecins et chronobiologistes donnent des conseils pour recaler notre horloge biologique et donc garder la forme.

Des bains de lumière dès le matin. Recevoir régulièrement la lumière naturelle du jour est une condition nécessaire pour que notre horloge interne fonctionne bien. « Elle a un besoin vital de recevoir la lumière du soleil. Lorsque l’on est réveillé et qu’il fait jour, il ne faut pas hésiter à sortir pour refaire le plein de lumière », explique la docteur Joëlle Adrien, présidente de l’Institut national du sommeil et de la vigilance.

Dépensez-vous. L’activité physique est nécessaire à l’organisme. Le travail musculaire, la dépense d’énergie envoient des signaux positifs à notre horloge. A l’inverse, ne rien faire a tendance à la dérégler.

Evitez de jouer les oiseaux de nuit. Il ne s’agit pas de se coucher avec le soleil et de se réveiller avec, comme les animaux sauvages… Quoi que ce serait optimum. Se coucher très tard et se lever très tôt nous pénalisent, de même que les décalages de fuseaux horaires qui créent une vraie fatigue.

Prenez vos repas à heure fixe. Notre horloge a besoin de repères, sinon elle y perd son latin et notre corps en souffre, peut prendre trop de poids. Rien ne vaut un rythme régulier d’alimentation, en respectant les trois repas par jour (petit déjeuner, déjeuner, dîner). Cela vaut notamment pour les enfants, qui commencent tôt à l’école (8 h 30 en général) et dont l’horloge biologique est perturbée s’ils mangent à des horaires trop décalés ou s’ils dorment mal.

Coupez les écrans une heure avant de dormir. Ce n’est pas le conseil le plus facile, vu nos habitudes. Ordi, télé… Nous les regardons beaucoup le soir. Pour éviter les conséquences de la lumière bleue des leds des tablettes et smartphones, néfaste pour notre horloge, les chronobiologistes conseillent de couper les écrans une heure avant d’aller dormir. Vous ne vous en porterez que mieux.

Source de l’article :  Marc Payet  Le Parisien.fr (20.11.2017)